Milan - L'Italie est désormais très près de sortir de sa plus longue période de récession d'après-guerre avec une croissance nulle au troisième trimestre, mais les économistes avertissent qu'il est encore tôt pour crier victoire.
L'institut des statistiques Istat a revu mardi en légère hausse sa première estimation du Produit intérieur brut (PIB) du troisième trimestre par rapport au précédent, à 0%, contre -0,1% initialement annoncé en novembre.
En réalité, d'après les chiffres d'Istat, la valeur du PIB a continué de reculer au troisième trimestre mais trop peu pour que cela soit visible en pourcentage. Sur un an, le PIB s'est contracté de 1,8% contre 1,9% estimé précédemment.
Même ainsi, il s'agit d'une bonne nouvelle pour l'économie italienne, mise quasiment à genoux par huit trimestres successifs de récession et qui redoute de stagner à l'infini si le fragile gouvernement de coalition d'Enrico Letta ne parvient pas à relancer la machine. La dette de l'Italie reste écrasante (plus de 2.000 milliards d'euros) et l'exécutif se voit fréquemment taxer d'immobilisme face à la montée du chômage et de la précarité.
Le ministre de l'Economie Fabrizio Saccomanni s'est aussitôt félicité de la révision des statistiques: "L'Istat certifie l'arrêt de la récession. Les importations, les exportations et la production industrielle repartent. Il y a encore beaucoup de chemin à faire, mais la direction est la bonne", a-t-il tweeté.
"Au 4è trimestre, l'évolution du PIB sera positive. Et avec la reprise, dans les entreprises arriveront enfin des améliorations sur le front de l'emploi", a-t-il ajouté.
La variation acquise du PIB pour 2013 s'établit à -1,9%, selon Istat. Si le 4è trimestre se confirme comme une période de reprise, la variation du PIB sur l'ensemble de l'année pourrait donc être conforme, voire un peu moins négative que la prévision du gouvernement (-1,8%). Pour 2014, Rome vise une croissance de 1,1%.
DE BON AUGURE
Plus tôt dans la matinée, l'Istat avait par ailleurs publié un indicateur de production industrielle meilleur que prévu, en hausse de 0,5% en octobre par rapport à septembre.
Ce chiffre "est de bon augure pour un retour à une production industrielle en hausse au 4è trimestre, après dix trimestres consécutifs de baisse", notent les économistes de la banque UniCredit. "Nous tablons sur une modeste hausse du PIB au 4T", ajoutent-ils.
Paolo Mameli, de la banque Intesa Sanpaolo, reste pour sa part prudent: selon lui, si le bilan du 3è trimestre est de fait "meilleur que prévu", le détail des composantes du PIB est "moins réconfortant" car il montre que la contribution du commerce extérieur a été négative et que la consommation des ménages a continué à se contracter.
"Concrètement, l'activité économique n'a évité un bilan plus négatif que celui du trimestre précédent que grâce à l'augmentation des stocks", résume-t-il. Or ce phénomène pourrait s'inverser lors du trimestre en cours, note-t-il, déclarant s'attendre à une hausse modeste de 0,1%.
Le président de l'organisation patronale Confindustria Giorgio Squinzi a lui aussi opté pour une prudente réserve: "La baisse semble s'atténuer, mais nous ne pouvons pas dire que nous sommes sortis de la crise. Sur une base annuelle, nous sommes toujours en recul", a-t-il dit.
Les tensions sociales restent vives dans le pays. L'Italie est depuis lundi en proie à un mouvement de contestation se réclamant du mouvement protestataire des "forconi" (fourches), qui rassemble agriculteurs, artisans, commerçants, petits entrepreneurs et chauffeurs routiers et bloque ponctuellement des routes et des gares.
Ils entendent protester contre l'alourdissement de la fiscalité et réclament la démission du gouvernement Letta, accusé de délaisser les couches les plus faibles de la population.
awp
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire