Paris - Peut-on éviter que les agences de notation ne concluent à un défaut de paiement de la Grèce si les créanciers privés renouvellent "volontairement" leurs prêts à Athènes une fois ceux-ci arrivés à échéance comme le souhaitent des dirigeants européens
Après des semaines d'affrontement entre l'Allemagne et la France, l'Union européenne semble être parvenue à un consensus sur la manière la moins risquée d'impliquer les créanciers privés de la Grèce -banques, fonds de pensions, assureurs- à un nouveau sauvetage d'Athènes.
Le scénario retenu se veut une sorte de "roll-over", c'est-à-dire que les créanciers acceptent de racheter de leur plein gré la dette grecque, produit à risque, quand les titres qu'ils détiennent arrivent à échéance.
Défendue par la France, la Commission et la Banque centrale européenne (BCE), cette solution permet, à court terme, à la Grèce, qui vit sous perfusion de l'UE et du FMI, de ne pas être asphyxiée.
Ce schéma, connu sous le qualificatif d'"initiative de Vienne", est en outre censé éviter un éclatement de la zone euro et une nouvelle crise financière mondiale.
Mais pour les trois grandes agences de notation, une contribution "volontaire" des créanciers privés n'est pas une protection absolue, qui éviterait à la Grèce d'être reléguée dans la catégorie des débiteurs ne pouvant honorer leurs échéances. La Grèce est devenue le pays le plus mal noté au monde.
Normalement, il appartient aux investisseurs d'entamer de telles transactions, explique l'agence Standard & Poor's dans une note publiée début juin, car "cela induit le fait que l'obligation initiale ne sera pas satisfaite".
Pour elle, "dans un cas où les investisseurs considèrent le défaut (de paiement) possible et où la note a chuté, il devient de plus en plus difficile de penser que les investisseurs renouvellent volontairement leurs titres".
Elle fait valoir que si on laisse entendre que ce sera pire plus tard pour forcer la main des créanciers, il y a coercition. Et dans ce cas, on doit parler de défaut de paiement.
L'agence Fitch Ratings semble être sur la même ligne.
Le renouvellement de dette ne doit pas être motivé par un risque d'insolvabilité ou d'illiquidité, résume l'agence. Elle indique vérifier par ailleurs que les détenteurs des obligations qui ne souhaitent pas participer à la transaction ne soient pas sanctionnés.
"Les initiatives sur le modèle de Vienne sont supposées être vraiment volontaires: notre travail consiste à vérifier que c'est bien le cas et si nous découvrons qu'il y a une dimension contraignante, alors nous considérons qu'il y a défaut", ajoute pour sa part l'agence Moody's Investors.
Et, "s'il n'y a pas de profit à tirer de leur participation, les banques ne joueront pas le jeu", estime l'économiste Horst Löchel, professeur à la Frankfurt School of Finance.
Les établissements financiers allemands demandent par exemple des contreparties.
"Il est évident qu'il faut que nous ayons des incitations à le faire", a prévenu mardi le président de la fédération allemande des banques privées (BdB) Michael Kemmer.
Au final, "les agences de notation vont probablement définir le roll-over comme un défaut" de paiement, assurent les économistes de la banque néerlandaise ING, dans une note, car il lèse les créanciers privés de la dette grecque.
La décision pourrait entraîner la chute de plusieurs banques grecques et plonger dans la panique l'ensemble du système financier européen, voire mondial.
jq
AWP
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