Francfort - Les crédits au secteur privé ont continué à ralentir en avril, enregistrant une croissance de 0,3% sur un an contre 0,6% en mars et 0,8% en février, a annoncé mercredi la Banque centrale européenne (BCE).
Dans le détail, les crédits aux entreprises non financières, un sous-indice particulièrement suivi par les économistes, ont en revanche accéléré en avril (+0,5% contre 0,3% en mars).
Mais cette reprise reste "anémique" et "décevante", a estimé Howard Archer d'IHS Global Insight, alors que la BCE a injecté plus de 1.000 milliards d'euros de prêts exceptionnels sur trois ans aux banques de la zone euro en décembre et fin février pour précisément soutenir le crédit.
"Les conditions resserrées du crédit restent un problème sérieux pour les perspectives de croissance de la zone euro", a-t-il conclu.
La progression des prêts aux ménages a ralenti à +0,5% en avril, contre +0,6% en mars. La croissance des crédits immobiliers a également légèrement baissé de rythme, à 1% contre 1,1% le mois précédent.
S'agissant de la croissance de la masse monétaire M3, qui permet de déceler les pressions inflationnistes à moyen terme, elle a également ralenti, s'affichant en progression de 2,5% sur un an en avril contre 3,1% en mars sur un an. Le consensus d'analystes de Dow Jones Newswires attendait +3,4%.
Sa croissance moyenne de février à avril, de 2,7%, reste bien en deçà de la valeur de référence de 4,5% que la BCE considère appropriée avec son mandat de maintenir la hausse des prix à un niveau proche mais inférieur de 2% sur le moyen terme.
"Ces données pointent des tendances déflationnistes en zone euro" et elles "confirment que les LTRO (les deux opérations de prêts sur trois ans, ndlr) n'ont apporté qu'un apaisement temporaire", a commenté pour sa part Christian Schulz économiste à la banque Berenberg.
En effet, alors que les banques de la zone euro avaient augmenté leurs achats d'obligations publiques de 28 milliards d'euros en février et de 34 milliards d'euros en mars, elles les ont réduit de 6 milliards d'euros en avril, selon les chiffres de la BCE.
Plus d'action de la part de la BCE "n'est pas improbable" au vu de ces dernières données, même si l'institut monétaire européen, qui doit revoir ses taux directeurs le 6 juin, pourrait encore attendre les résultats des élections législatives en Grèce et en France le 17 juin, a ajouté M. Schulz.
La BCE maintient depuis décembre son principal taux directeur à 1%, soit son plus bas niveau historique. Mais les marchés financiers réclament une nouvelle baisse des taux, en raison de l'aggravation de la conjoncture en zone euro et de la recrudescence de la crise de la dette, aiguisée par la menace d'une sortie de la Grèce de l'euro.
Reflet des tensions actuelles, la confiance des chefs d'entreprises et des consommateurs en zone euro a nettement fléchi en mai, pour le deuxième mois consécutif, selon un indice publié mercredi par la Commission européenne.
Les déclarations du président de la BCE Mario Draghi devant la Commission économique et monétaire du Parlement européen jeudi matin à Bruxelles devraient dans ce contexte être très scrutées, même s'il parlera cette fois-ci sous sa casquette de président du Comité européen du risque systémique (CERS).
AWP
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