Lisbonne - Berlin a annoncé la couleur, puis Bruxelles a emboîté le pas: le jour J, le 17 mai, le scénario idéal pour le Portugal sera une sortie de son plan d'aide sans filet de sécurité, une voie toutefois jugée périlleuse par les économistes.
Plus fragile que l'Irlande, qui s'est affranchie en décembre de la tutelle de ses créanciers sans recourir à une nouvelle aide européenne, le Portugal n'est pas à l'abri d'un brusque retournement de l'humeur des marchés, ont estimé les analystes interrogés par l'AFP.
Le Premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho, a beau affirmer que le pays décidera lui-même de sa stratégie de sortie de son plan de sauvetage octroyé en mai 2011, ses marges de manoeuvre semblent étroites. D'autant que les élections européennes se profilent à l'horizon.
"Le Portugal est proche de la fin de la mission de la troïka et aura une bonne occasion de sortir du plan d'aide sans filet de sécurité", a déclaré sans ambages Steffen Kampeter, secrétaire d'Etat allemand aux Finances.
De passage au Portugal, où il a rencontré mardi le vice-Premier ministre, Paulo Portas, et la ministre des Finances, Maria Luis Albuquerque, il a toutefois pris soin de préciser que la décision finale revenait au gouvernement portugais.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, n'a pas tardé à emprunter la voie allemande, alors qu'il avait encore affiché en janvier sa préférence pour une ligne de crédit à laquelle le Portugal pourrait avoir recours en cas de besoin.
"Il est clair qu'un programme de précaution apporte toujours plus de garanties et de sécurité. Mais si le Portugal était en mesure de s'en passer, ce serait mieux pour tout le monde", a-t-il assuré.
Des déclarations qui ont laissé perplexes les économistes, qui estiment qu'une sortie sans filet, encore impensable il y a quelques mois, serait trop risquée.
"Bruxelles et Berlin s'en lavent les mains et ont fermé la porte à une ligne de crédit, en espérant que le problème se réglera tout seul grâce à l'accalmie des marchés", commente Manuel Cadeira Cabral, économiste de l'université du Minho.
RISQUE D'ÉCHEC
L'écart des taux entre le Portugal et l'Irlande reste considérable. Là où Dublin a emprunté en janvier plus de 3 milliards d'euros à dix ans au taux de 3,5%, Lisbonne a dû payer 5,1%.
"Une sortie sans filet serait dure pour le Portugal et la probabilité d'un échec plus élevée", estime Joao Cesar das Neves, économiste de l'Université catholique de Lisbonne.
Pour lui, le gouvernement allemand, qui serait obligé de faire valider une éventuelle demande de ligne de crédit par les députés du Bundestag à la veille des élections européennes, "s'est lassé d'aider les pays périphériques de la zone euro".
Comme l'Irlande, le Portugal aura besoin d'un "large consensus" politique autour de la rigueur budgétaire qui "ira au-delà du mandat du gouvernement actuel", a insisté M. Barroso.
Mais le Parti socialiste, principale formation de l'opposition, rechigne à conclure un pacte avec le gouvernement de centre droit.
"Un consensus ne paraît actuellement pas possible car le PS cherche à capitaliser sur le mécontentement des Portugais" en attendant les élections législatives en 2015, relève Joao Cesar das Neves.
Et sans consensus, prévient Joao Duque, professeur de l'Institut supérieur d'économie et de gestion (ISEG) à Lisbonne, "le Portugal risque de voir se dégrader son image auprès des marchés, engendrant à terme un sérieux problème de financement. Et ce sera à la population d'en supporter le coût".
Quelle que soit la sortie choisie, les Portugais n'ont pas fini de payer. La troïka des créanciers (UE-FMI-BCE) a demandé au gouvernement de présenter de nouvelles mesures de rigueur de 2 milliards d'euros pour 2015. Et, en mai, la troïka s'en ira, mais l'austérité restera.
awp
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