Berlin - Routes défoncées, ponts qui s'écroulent, connexions internet lentes: contrairement à des idées reçues, l'Allemagne, première économie européenne, souffre d'infrastructures souvent en mauvais état par manque d'investissements, un enjeu clé de l'élection du 22 septembre.
Le principal rival d'Angela Merkel dans la course à la chancellerie, le social-démocrate Peer Steinbrück, est prêt à mettre 80 milliards d'euros par an sur la table pour investir dans l'éducation, la recherche et massivement dans les infrastructures. La chancelière conservatrice prône un programme moins dépensier pour ne pas mettre en péril l'équilibre des finances publiques.
Pourtant même dans son camp, des personnalités tirent la sonnette d'alarme. Le ministre des Transports Peter Ramsauer déplorait récemment dans la presse que ses homologues étrangers qualifient l'état des routes allemandes de "un-German" (non-allemandes), autrement dit pas dignes de la première puissance européenne.
"Quand ponts et routes sont de plus en plus endommagés, alors cela devient un désavantage compétitif pour l'Allemagne", argue le conservateur Armin Laschet.
Ce responsable de la CDU, le parti de Mme Merkel, sait de quoi il parle: dans son Land de Rhénanie-du-nord-Westphalie, le plus peuplé d'Allemagne, 49 ponts doivent être démolis pour cause de dégradation avancée. Cet Etat fédéral compte à lui seul un quart des embouteillages du pays dans lesquels les Allemands ont passé l'an dernier 230'000 heures. Lignes ferroviaires et canaux sont tout aussi surchargés.
"Nous mettons en péril l'avenir de l'Allemagne", prévenait récemment le directeur du DIW, Marcel Fratzscher. Selon cet institut de recherche indépendant, l'Allemagne souffre d'un manque d'investissement de 75 milliards d'euros par an dans l'éducation, la recherche et les infrastructures.
Le pays a beau bénéficier d'un réseau de transports très dense et d'infrastructures de qualité, il a nettement relâché ses efforts d'investissement après le coup de collier donné au moment de la Réunification, et cela se ressent.
Pour les seuls transports, les ministres régionaux estiment le besoin de financement supplémentaire à plus de 7 milliards d'euros par an.
REDRESSER LES FINANCES PUBLIQUES
En termes d'infrastructures de communication, l'Allemagne affiche une vitesse de connexion moyenne à internet de 7 mégabits par seconde - bien loin des 50 mégabits que la chancelière avait promis à 75% des foyers pour 2014. Hors des grandes villes, les réseaux wifi publics, considérés par toute une génération comme un service de base, sont quasi inexistants.
"Qu'est-il advenu de votre stratégie du haut débit? Rien du tout", a attaqué M. Steinbrück, interpellant la chancelière lors de leur dernière confrontation au Bundestag.
Son parti, le SPD, veut augmenter les impôts des plus nantis pour financer son projet d'investissements massifs.
Le programme électoral des conservateurs insiste lui aussi sur l'importance d'investir, et prévoit 25 milliards d'euros rien que pour les routes sur quatre ans. Ce qui ne représente toutefois que 5 milliards d'euros de plus que ce qui est déjà prévu à moyen terme.
Pour la CDU, l'assainissement des finances publiques reste l'objectif numéro un. L'Allemagne atteindra quasiment l'équilibre budgétaire l'an prochain et le ministre des Finances Wolfgang Schäuble veut ensuite commencer à rembourser la dette.
Les communes, à qui incomberaient certains des investissements nécessaires, rognent justement sur ces dépenses.
Dans une situation budgétaire critique, beaucoup d'entre elles préfèrent ne pas investir car c'est "la manière la plus simple de faire des économies", commente Manfred Morgenstern, co-auteur d'une étude récente de Ernst & Young sur le sujet. "Personne ne s'en plaint, et ce n'est que cinq ou dix ans plus tard, quand les routes se délabrent, qu'on en ressent les conséquences".
awp
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