Berlin - La chancelière Angela Merkel a condamné avec férocité vendredi le "faux débat" entre croissance et rigueur, révélant les divergences encore profondes de la zone euro avant un scrutin grec à haut risque dimanche et une réunion du G20 lundi.
Pour tenter peut-être d'y remédier, le président de l'Union européenne Herman Van Rompuy va organiser vendredi à 16H00 (14H00 GMT) une conférence vidéo avec les dirigeants allemand, français, britannique et italien, afin de préparer la réunion des vingt premières puissances économiques mondiales organisée lundi et mardi à Los Cabos (Mexique).
Il y a urgence pour les Européens à serrer les rangs, alors qu'ils seront sous pression lors du G20 pour remettre l'économie de la région sur les rails, au lendemain d'un dimanche de tous les dangers.
La Grèce retourne aux urnes dimanche pour des élections générales dont l'issue fait craindre que le pays se retrouve en défaut de paiement et doive sortir de l'euro.
PAS DE CONSEIL DE VOTE
Fait rarissime, l'édition allemande du Financial Times a appelé vendredi dans un double éditorial de Une, rédigé en grec et en allemand, à "résister à la démagogie d'Alexis Tsipras", leader de la gauche radicale. "C'est seulement avec les partis qui acceptent les conditions des bailleurs de fonds internationaux que votre pays pourra garder l'euro", avertit le journal.
Un porte-parole du gouvernement a cependant souligné que Mme Merkel ne "donnait pas de conseil de vote".
Mais la chancelière elle-même a contribué vendredi à échauffer les esprits avec un discours très offensif semblant viser Paris.
Attaquée de toutes parts et particulièrement en France pour sa défense de l'austérité, Angela Merkel a déploré devant la fédération des entreprises familiales un "manque de confiance entre les acteurs" de la zone euro.
"Il y a un faux débat qui est apparu, opposant la croissance et la rigueur budgétaire. C'est n'importe quoi", a-t-elle tempêté.
Elle a répété, comme elle l'avait déjà fait la veille, que l'Allemagne "ne se laissera pas convaincre par des solutions rapides comme les euro-obligations" ou l'introduction d'un fonds commun de garanties bancaires en Europe.
LA FRANCE ÉGRATIGNÉE
"Le danger des propositions précipitées de mutualisation" de la dette est d'occulter les différences de niveau économique en nivelant les taux d'emprunt des Etats, a-t-elle averti. "Celui qui ne veut pas voir cette réalité fait le choix de la médiocrité. Et la médiocrité ne doit pas devenir l'étalon" en zone euro, s'est emportée Mme Merkel, très applaudie.
Elle a égratigné au passage la France, appelant à observer "l'évolution du coût du travail" dans ce pays en comparaison à celui de l'Allemagne, une manière de louer les efforts de réformes accomplis par son pays.
La veille, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault avait reproché à celle qui mérite plus que jamais son surnom de "Madame Non" ses "formules simplistes", tandis qu'un ministre, Arnaud Montebourg, a dénoncé "l'aveuglement idéologique" de la chancelière.
Vendredi matin, M. Ayrault avait choisi un ton plus conciliant, jugeant qu'entre "amis" il fallait pouvoir "se dire les choses". Mais c'était avant la nouvelle sortie de la chancelière.
Face à ces divergences des leaders politiques, les espoirs des marchés reposaient surtout vendredi sur les grandes banques centrales et sur une éventuelle intervention concertée en cas de panique consécutive aux élections grecques.
Les taux d'emprunt les plus attaqués, celui de l'Espagne, passé jeudi tout près des 7%, et de l'Italie, autour de 6%, se détendaient à la mi-journée grâce à ces spéculations.
Sans donner d'indication plus concrète, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a assuré vendredi que son institution allait "continuer de jouer le rôle crucial de fournir des liquidités aux banques solvables quand c'est nécessaire".
AWP
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